ESCOBAR (P.)


ESCOBAR (P.)
ESCOBAR (P.)

Pablo ESCOBAR 1949-1993

Avec Pablo Escobar, tué le 2 décembre 1993 par les forces anti-drogue colombiennes, disparaît, à quarante-quatre ans, celui qui symbolisait le pouvoir et la richesse des trafiquants de drogue. En Colombie, aux yeux des milliers de personnes qui suivirent son enterrement, il incarnait en outre la revanche des humbles et des métis sur les classes dominantes créoles. Fils du contremaître d’une propriété appartenant à une grande famille de Medellín, le jeune Pablo, après avoir été chauffeur chez un industriel, entra dans le monde de la délinquance: vol de voitures, puis trafic de cocaïne. Arrêté en juin 1976, alors qu’il s’apprêtait à prendre livraison de vingt kilos de cette drogue, il ne fut jamais jugé, son dossier ayant été détruit et tous les témoins successivement assassinés.

Ses méthodes expéditives se doublaient d’un sens extraordinaire de l’organisation: il sut utiliser la colonie de Colombiens installée aux États-Unis pour monter ses réseaux d’exportation et de distribution de cocaïne et s’entourer de gens audacieux — qui ne constituèrent cependant jamais un “cartel” proprement dit. À Medellín, il s’est rendu populaire en aménageant des stades de football ou en faisant construire une cité de logements sociaux, mais il a surtout “donné du travail” à des centaines de jeunes tueurs, passeurs de drogue ou gardes du corps.

L’origine de la guerre menée par Pablo Escobar contre l’État colombien à partir de 1984 semble avoir une cause principale: des membres de la bourgeoisie, qui avaient accepté de faire des affaires avec lui, ou reçu son argent pour mener une carrière politique, refusèrent de l’admettre dans leurs clubs, de recevoir ses enfants dans les meilleurs établissements d’enseignement, de le voir siéger à leur côté sur les bancs du Parlement où il s’était fait élire comme député suppléant dans les rangs d’une dissidence du Parti libéral en 1982. Ainsi il fera tuer en 1984 le ministre de l’Intérieur Rodrigo Lara Bonilla et, en 1989, le candidat à l’élection présidentielle, Luis Carlos Galan, qui, au début des années 1980, l’avaient expulsé d’une autre faction, le Nouveau Libéralisme, qu’il avait contribué à financer. Dans le cadre de son combat contre le traité d’extradition avec les États-Unis, à partir de la fin des années 1980, des hommes politiques, des centaines de journalistes, de policiers, de juges furent assassinés; des édifices publics furent dynamités, ainsi qu’un avion en plein vol; des personnalités enlevées. Le gouvernement colombien, incapable d’enrayer cette vague de violence, accepta de négocier. En juin 1991, Pablo Escobar se rendit en échange de l’engagement de ne pas être extradé aux États-Unis et de bénéficier d’une réduction de peine. Telles étaient du moins les conditions officiellement publiées. Dans les faits, le gouvernement du président Gaviria accepta qu’il vive dans sa luxueuse prison d’Envigado et qu’il continue d’y diriger ses affaires. Lorsqu’il fit enlever et assassiner certains de ses alliés, qui refusaient de lui payer la redevance perçue sur leurs envois de cocaïne à l’étranger, le gouvernement se décida à le transférer dans une autre prison, le 22 juillet 1992. Mais Pablo Escobar s’évada et reprit la guerre contre l’État, tout en négociant une nouvelle reddition. Durant un an et demi, malgré la capture, la reddition ou la mort de la plupart de ses lieutenants connus, il échappa à toutes les polices lancées contre lui, grâce aux complicités achetées dans les rangs des forces de répression et au soutien des habitants des quartiers populaires de la banlieue de Medellín. C’est la campagne d’attentats contre ses biens, ses proches et sa famille, de la part d’un groupe d’irréguliers, les Persécutés par Pablo Escobar (Pepes) composés de ses anciens complices, de ses rivaux du cartel de Cali et de policiers en civil, qui précipita sa chute: en reprenant contact par téléphone avec sa femme et ses enfants, qui s’étaient vu refuser l’asile politique en Allemagne, il fut repéré par les agents d’une unité spéciale chargée de le traquer.

Sa disparition a été saluée, un peu hâtivement, comme un coup important porté au plus gros “cartel” de la cocaïne. En fait, il avait abandonné, depuis le début des années 1980, le trafic proprement dit, pour se consacrer au racket de ses associés, sous le prétexte que c’était lui qui avait ouvert les routes des exportations. Depuis son évasion, il avait mobilisé toutes ses ressources pour tenter d’échapper à ses poursuivants, et ses parts de marché avaient été prises, dans la région de Medellín, par des entrepreneurs de moindre envergure. Ses ennemis du cartel de Cali, qui ne détenaient que 20 p. 100 du marché mondial de la cocaïne à la fin des années 1980, se sont emparés de 70 p. 100 de ce dernier. Ils bénéficient en outre de complicité à tous les niveaux de l’appareil d’État colombien, ce qui rend plus difficile encore la lutte contre le trafic.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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